Un téléphone vibre. Puis un autre. Une notification parle d’un conflit lointain. Une autre annonce une panne locale. Une troisième promet une révélation choquante. Avant même le petit-déjeuner, beaucoup de personnes ont déjà vu plus de titres qu’un lecteur de journal du siècle dernier en une semaine.
Selon plusieurs études récentes, une personne connectée reçoit entre 80 et 150 notifications par jour si l’on additionne messages, réseaux sociaux, applications et emails. En parallèle, on estime que plus de 5 milliards de contenus (posts, photos, vidéos, articles) sont publiés chaque jour sur internet. Le chiffre donne le vertige. Et pose une question simple : comment trier tout ça ?
Trop d’informations, pas assez de temps
Le problème n’est pas nouveau. Déjà, au XXe siècle, on parlait de “surcharge d’informations”. Mais l’échelle a changé.
Avant, il y avait le journal du matin, la radio, le journal télévisé du soir. Trois rendez-vous. Aujourd’hui, l’actualité est continue. Elle coule comme un robinet qu’on n’arrive plus à fermer.
Le cerveau humain, lui, n’a pas changé. Il reste limité. Des chercheurs estiment que nous ne pouvons traiter en profondeur que quelques dizaines d’informations importantes par jour. Le reste est survolé, oublié, ou confondu.
Résultat : on lit plus, mais on comprend parfois moins.
Qu’est-ce que “hiérarchiser” l’actualité ?
Hiérarchiser, c’est simple en théorie. C’est répondre à ces questions :
- Qu’est-ce qui est vraiment important ?
- Qu’est-ce qui est urgent ?
- Qu’est-ce qui est intéressant, mais secondaire ?
- Qu’est-ce qui est juste du bruit ?
Un rédacteur en chef faisait ce travail. Il choisissait la “une”. Il décidait de l’ordre des sujets. Aujourd’hui, ce rôle est en partie joué par des algorithmes.
Et un algorithme ne pense pas comme un humain. Il ne se demande pas ce qui est le plus important pour la société. Il se demande surtout ce qui va retenir l’attention.
Le règne de l’algorithme
Sur les réseaux sociaux et les grandes plateformes, ce qui apparaît en premier n’est pas forcément ce qui est le plus grave ou le plus utile. C’est souvent ce qui provoque une réaction rapide.
Colère. Peur. Surprise. Rire.
Des chiffres parlent d’eux-mêmes : les contenus qui suscitent des émotions fortes ont jusqu’à 2 ou 3 fois plus de chances d’être partagés que les contenus neutres ou nuancés. Une information calme et complexe voyage moins vite qu’un titre choc.
Petit à petit, notre vision du monde peut se déformer. On voit surtout ce qui crie.
L’illusion d’être bien informé
On a souvent l’impression d’être très bien informé sur un sujet qui « concerne beaucoup de choses ». En réalité, on s’y intéresse, mais on ne l’approfondit pas. Défilement. Survie. Clic. Production intensive.
Tenter de compenser le manque de temps en accélérant l’apprentissage présente de nombreux inconvénients. Premièrement, environ 60 % des lecteurs ne lisent que les premières lignes et ignorent le reste, ce qui signifie qu’ils n’apprennent pratiquement rien. Deuxièmement, cela est associé à des risques de cybersécurité. Dans leur quête de rapidité, on oublie souvent de télécharger des applications VPN pour PC et smartphones. Or, protéger son smartphone avec une application VPN devrait être une priorité. De plus, VeePN peut fonctionner en arrière-plan et n’interfère pas avec la navigation.
Le risque est clair : on accumule des bribes d’informations. Mais on perd le fil. On ne sait plus ce qui est vraiment central.
Quand tout est urgent, plus rien ne l’est
Regardez les titres. “Alerte”. “Urgent”. “Dernière minute”. Ces mots étaient rares. Ils sont devenus ordinaires.
Si tout est présenté comme urgent, comment distinguer ce qui l’est vraiment ?
C’est un peu comme vivre avec une sirène d’alarme qui sonne toute la journée. Au bout d’un moment, on n’écoute plus. Ou alors on est en stress permanent.
Les deux options sont mauvaises.
Le rôle des médias traditionnels
Les journaux, les radios, les chaînes d’information ont encore un rôle important. En théorie, ils devraient aider à trier, à expliquer, à mettre en perspective.
Mais eux aussi sont sous pression.
La concurrence est énorme. L’attention est rare. Et l’économie du clic pousse parfois à faire des choix discutables : titres exagérés, sujets légers mis en avant, répétition des mêmes infos en boucle.
Ce n’est pas toujours par mauvaise intention. Souvent, c’est une question de survie économique.
Le citoyen face à la mer d’informations
Alors, que peut faire le lecteur, l’auditeur, le spectateur ?
D’abord, accepter une chose simple : on ne peut pas tout suivre. C’est impossible. Et ce n’est pas grave.
Choisir, c’est renoncer.
On peut décider de suivre sérieusement quelques sources fiables, plutôt que vingt sources moyennes. On peut décider de lire un article long et bien expliqué, plutôt que dix résumés rapides.
C’est un changement d’habitude. Mais aussi un changement de rythme.
Quelques pistes simples pour mieux trier
1. Réduire le bruit
Moins de notifications. Moins d’applications d’actualité. Moins d’onglets ouverts.
Des personnes qui ont fait ce “nettoyage numérique” disent gagner jusqu’à une heure par jour de temps et d’attention. Une heure, ce n’est pas rien.
2. Revenir à des rendez-vous fixes
Lire l’actualité une ou deux fois par jour, pas toutes les dix minutes. Le monde ne change pas si vite. Ou, en tout cas, notre capacité à agir ne change pas si vite.
3. Chercher le contexte
Une information seule est souvent trompeuse. Une information expliquée, replacée dans une histoire plus longue, devient utile.
4. Se méfier des émotions trop faciles
Si un titre vous met très en colère ou vous enthousiasme immédiatement, c’est peut-être justement parce qu’il est fait pour ça.
Ce n’est pas une preuve de mensonge. Mais c’est un signal pour ralentir.
L’école et l’esprit critique
De plus en plus de pays parlent d’enseigner l’éducation aux médias dès le plus jeune âge. C’est une bonne chose.
Apprendre à reconnaître une source fiable. Comprendre comment fonctionne un algorithme. Savoir faire la différence entre une information, une opinion et une publicité déguisée.
Ce sont des compétences aussi importantes aujourd’hui que lire et écrire.
Sommes-nous encore capables de hiérarchiser ?
La réponse honnête est : oui, mais avec difficulté.
Nous en sommes capables individuellement. Mais le système actuel ne nous aide pas beaucoup. Il nous pousse vers la vitesse, pas vers la réflexion. Vers la quantité, pas vers la qualité.
Hiérarchiser l’actualité est devenu un effort conscient. Avant, c’était en partie fait pour nous. Aujourd’hui, c’est une responsabilité personnelle.
Un choix de société
Au fond, la question n’est pas seulement technique. Elle est culturelle.
Voulons-nous une société qui sait tout, tout de suite, mais mal ?
Ou une société qui sait moins de choses, mais qui les comprend mieux ?
La surcharge numérique n’est pas près de disparaître. Les volumes vont encore augmenter. Les outils aussi.
La seule chose qui peut vraiment changer, c’est notre manière de nous en servir.
Et peut-être, parfois, le courage de fermer l’application. Et d’ouvrir un livre. Ou simplement de penser.
